La pollinisation, un passage obligé complexe

par le professeur Daniel Cherix, Université de Lausanne, Département d’écologie et évolution

Parmi les animaux transporteurs de pollen, les insectes jouent le rôle le plus important, mais il n’y a pas que  les abeilles…

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(copyright Alexandre Csutoros)

D’une manière générale si la pollinisation est assurée par les animaux on parle de zoogamie. Il y a plusieurs groupes bien différents d’animaux pollinisateurs. Par exemple certaines espèces chauves-souris tropicales, de petits marsupiaux ou encore des oiseaux comme les colibris. Mais de tous les animaux transportant du pollen ce sont les insectes qui demeurent les plus importants. A première vue ils n’interviennent pas de manière consciente dans la vie des fleurs et leur rôle pollinisateur n’est en réalité qu’une conséquence de leur activité. Ainsi la présence des insectes sur une fleur se justifie par la recherche d’un partenaire sexuel, d’un lieu de nourrissage ou encore d’un lieu de ponte. Si en premier lieu il faut citer les abeilles domestiques, dont l’importance dans la pollinisation des espèces végétales cultivées est essentielle, nous allons voir que plusieurs autres représentants des insectes jouent un rôle parfois très important. Ces insectes se retrouvent notamment chez les Coléoptères, les Diptères, les Lépidoptères et les Hyménoptères.

Pour commencer, les Coléoptères (scarabées, coccinelles etc.) appartiennent à l’un des ordres les plus diversifiés parmi les insectes. On constate que deux types de fleurs sont fréquemment visitées par les représentants de cet ordre : d’une part, de petites fleurs réunies en une large inflorescence, offrant une place d’atterrissage facile, d’autre part des fleurs isolées mais à large corolle ouverte en forme de coupe. Dans les deux cas l’accès au nectar et au pollen est facile. Néanmoins on a remarqué chez les Cétoines, plusieurs parties mobiles portant des poils et servant de brosses à pollen. Chez d’autres espèces certaines possèdent des poils plus ou moins longs sur le prothorax et les élytres qui servent probablement à recueillir les grains de pollen et contribuent à l’action pollinisatrice de ces insectes.

Comme pour beaucoup d’insectes, les substances sucrées comme le nectar sont des aliments recherchés pour leur énergie mais il faut aussi d’autres substances que l’on va trouver dans le pollen. Dès lors un assez grand nombre de mouches sont devenues attirées par les fleurs et se nourrissent de nectar et de pollen. On distingue alors des mouches (Diptères) peu adaptées (on va parler alors de mouche à pièces buccales courtes) et d’espèces bien adaptées avec des pièces buccales leur permettant de puiser le nectar au fond des corolles étroites. Chez les mouches à pièces buccales courtes on trouve les grosses mouches à damiers ou mouches à viande ainsi que les Calliphoridés comme les mouches bleues ou encore les mouches de couleur verte et de nombreuses espèces de la famille de mouches domestiques (Muscidés). En revanche les Conopidés sont des mouches au vol bref et rapide et qui possèdent une trompe de 5 à 6 mm de long. Cette trompe est tout à fait adaptée à la succion du nectar et permet d’exploiter des fleurs comme les knauties, les scabieuses, les vipérines ou encore l’origan. Mais les plus importantes sont ces mouches noirs et jaunes de la famille de Syrphidés qui volent sur place. Elles sont les visiteurs les plus fréquents de nombreuses plantes appartenant à la famille des Caryophyllacées (œillets), Rosacées et Astéracées.  L’ultime spécialisation se retrouve chez les Bombyliidés, qui sont des nectarivores stricts, leurs larves vivant en parasites sur d’autres insectes. Les adultes ont un corps trapu recouvert de poils comme un bourdon et leurs pièces buccales sont allongées (10 à 12 mm) et permettent d’exploiter les corolles les plus profondes,un peu à la manière des colibris. Enfin chez les papillons la trompe permet l’absorption de nectar et le pollen est le plus souvent transporté sur sa trompe ou bien sur sa tête. On distingue trois groupes de pollinisateurs chez les papillons les Rhopalocères (vanesses, piérides etc.) et les Hétérocères et les Sphinx qui ont une activité nocturne ou diurne et se caractérisent par leur butinage en vol stationnaire. La trompe chez certains sphinx atteint 8 cm de long ! Le grand intérêt des papillons en tant que pollinisateurs est leur intervention aussi bien de jour que de nuit et le fait que les fleurs réagissent avec un rythme de production du nectar correspondant au pic d’activité de « son papillon ».

Cet article provient de l’ INFOPOMO No 23 d’octobre 2009, pages 4 et 5.

notre abeille mellifera                                            sphinx

bombyliidé                                                          calliphoridé

 de belles photos des abeilles mellifera et droits d’auteurs

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