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Un frelon envahisseur se manifeste en France

Daniel Cherix *   &   Jean-Paul Cochard **
* Musée cantonal de zoologie et Département d’écologie et évolution, Université de Lausanne.
** Président d’honneur FSSA/VSBV  Fédération Suisse des Sociétés d’Apiculture.

C’est en 2006 que le Bulletin de la Société entomologique de France publiait une note de MM J. Haxaire,  J.-P. Bouguet et J.-Ph. Tamisier signalant la présence en France d’une redoutable nouveauté : le frelon asiatique Vespa velutina Lepeletier 1836. Cette note était suivie peu après d’un nouvel article intitulé << Premier bilan de l’invasion de Vespa velutina Lepeletier en France>>  (Hymenoptera, Formicidae) (Villemant et al. 2006).  Présente habituellement du nord de l’Inde à la Chine, de la péninsule indochinoise à l’archipel indonésien, cette espèce est considérée en Chine et au Cachemire (sous-continent indien)  comme un redoutable ennemi des ruchers.  En effet ce frelon peut détruire jusqu’à 30 % d’une colonie de l’abeille asiatique Apis cerana.  Le frelon s’attaque aux gardiennes de la ruche avant de s’attaquer au couvain qu’elles utilisent pour nourrir leurs propres larves. Pour répondre à ces prédateurs (plusieurs espèces de frelons), les ouvrières d’Apis cerana ont mis au point une stratégie relativement effïcace que les chercheurs ont appelé le  ’’heat-balling’’ (Ken et al. 2005).  Les ouvrières s’agglutinent autour du prédateur en formant une boule compacte et font vibrer leurs ailes, ce qui a pour effet de faire monter la température. Au bout de 5 minutes le centre de la boule atteint 45oC, température létale pour le frelon, mais pas pour les abeilles.  Bien que cette stratégie soit très efficace, à terme les colonies s’affaiblissent car le temps passé à l’approvisionnement diminue. Apis mellifera (notre abeille européenne), qui est aussi élevée en Asie depuis quelques décennies utilise la même stratégie, mais il semble que cela soit moins efficace que pour l’espèce asiatique, les boules contenant moins d’individus. On peut dès lors imaginer que la présence de cette nouvelle espèce de frelon en France puisse occasionner des dégâts importants aux ruchers et il convient d’être attentif à l’extension de cette espèce.

Ce frelon est un peu plus petit que le frelon ou talène que l’on rencontre chez nous  (Vespa crabro).  Il se reconnaît tout de suite par sa coloration plus sombre, la réduction des plages jaunes sur son abdomen et ses ailes fumées. Le meilleur critère est une fine ligne jaune qui sépare les deux premiers segments abdominaux.

Cette espèce construit des nids généralement sphériques pouvant atteindre une hauteur d’un mètre avec une circonférence de plus de deux mètres.  Les nids peuvent se trouver sur de grands arbres parfois à plus de 15 m de hauteur mais aussi dans des habitations ouvertes comme les hangars ou les granges. Il a été observé 10 à 12 nids distants de quelques mètres les uns des autres et sur trois arbres différents. Une période de quatre à cinq mois leur suffit pour se multiplier.  L’instant critique se situe aux mois de juillet-août , au moment où les reines avec quelques ouvrières frelons vont se réfugier dans des abris où elles pourront hiverner.  Le printemps suivant, le cycle reprends de plus belle.

Plusieurs choses sont inquiétantes : sa vitesse de reproduction relativement importante, la propagation sur de grandes distances, d’où un envahissement rapide du territoire.  Suivant les informations des personnes qui ont approché des nids, cette espèce ne semble pas plus belliqueuse que notre frelon et il est souvent possible d’observer des nids à une distance de 4 à 5 m sans attaque.  A première vue la piqûre ressemble à celle d’une guêpe, mais les personnes allergiques aux venins d’Hyménoptères devraient être prudentes.
Vespa velutina est une espèce prédatrice d’abeille. Les ouvrières attendent en vol stationnaire devant les ruches. Elles se précipitent sur les butineuses qui arrivent à la ruche, les neutralisent et les emportent vers leur nid. Durant ce vol stationnaire il est assez facile de capturer les frelons (un voile d’apiculteur est toutefois recommandé). Des apiculteurs ont observé que des frelons s’introduisent dans la ruche pour se nourrir de larves, pollen et abeilles, c’est-à-dire tout ce qui peut leur procurer des protéines de qualité.

Si la première capture avec identification date effectivement du 1er novembre 2005, les données transmises par le Service régional de la protection des végétaux d’Aquitaine suggèrent que l’introduction de Vespa velutina en France est antérieure à 2004. Un producteur de bonzaïs de Sainte-Livrade-sur-Lot aurait vu voler des frelons de couleur brune dès l’été 2004. II revenait d’un voyage en Chine où il avait aperçu cette espèce. De plus il a découvert deux nids sphériques dans des arbres de son voisinage en automne 2004, nids qu’il aurait détruit à coups de fusil !  L’année suivante il a revu cette espèce et en 2006 il a récolté un individu pour identification.  Il s’agissait bien de Vespa velutina. Suivant les informations recueillies, ce frelon asiatique aurait pu être introduit dans les cartons de poteries chinoises que ce producteur importe régulièrement de Chine depuis plusieurs années. Le trajet en bateau ne dépassant pas un mois, la survie de femelles fécondées cachées dans ces cartons est envisageable, lors d’envois au cours de la période hivernale. D’autres données ont été recueillies et en 2006   V. velutina était déjà largement répandue dans quatre départements << d’Aquitaine et à leur périphérie >> de bordure Atlantique.  En 2007, son aire de distribution s’étendait sur près de 300 km du nord au sud et 150 km d’est en ouest, soit une superficie de quelque 45’000 km2, en gros la superficie de la Suisse !
En automne 2009, ce frelon asiatique avait colonisé 20 départements, et il se trouve actuellement en Bourgogne !

Il est important de savoir que l’augmentation, à première vue assez rapide, de la présence de cette espèce dans le sud-ouest de la France semble caractéristique d’une espèce invasive (insecte exotique).  Il  convient donc de suivre avec attention ses déplacements. On sait que les espèces invasives sont très difficiles à contrôler, car elles ne possèdent pas de prédateurs spécialisés dans leur nouvelle aire de distribution et d’autre part, elles sont parfois peu porteuses de maladies et résistent beaucoup mieux aux parasites et maladies des espèces indigènes. On ne peut pour l’instant pas mesurer l’impact d’une telle espèce sur la faune locale, mais il est probable  qu’elle va entrer directement en compétition avec les autres espèces de guêpes sociales et risque d’avoir un impact au niveau de la prédation sur les abeilles et indirectement sur la pollinisation, principalement des arbres fruitiers. Cette prolifération en France en dans le futur en Suisse risque fort de mettre en danger la biodiversité végétale et animale. 

Il convient de rendre nos autorités attentives aux possibles conséquences de l’arrivée de cette espèce en Suisse et de lui attribuer tout de suite la dénomination d’invasive et de mettre en place les moyens nécessaires à son éradication (si possible ou en tout cas à son contrôle.)

Littérature

Haxaire J.,  Bouguet J.-P. & Tamisier J.-Ph.  2006. Vespa velutina Lepeletier, 1836, une redoutable nouveauté pour la faune de France {Hymenoptera, Vespidae).  Bulletin de la Société entomologique de France 111(2) : 194.

Ken T.,  Hepburn H. R.,  Radloff S. E.,  Yusheng Y.,  Yiqiu L.,  Danyin Z. & Neumann P.  2005.  Heat-balling wasps by honeybees. Naturwissenschaften 92 : 492-495.

Saunier R.  2007. Chasseurs de nids … Lutte contre la prolifération de <<Vespa velutina>>.
Abeilles et fleurs 680:20-21,  dont les photos agrémentant cet article ont été mises gracieusement à notre disposition.

Villemant C.,  Haxaire J. & Streito J.-C.  2006.  Premier bilan de l’invasion de Vespa velutina Lepeletier en France (Hymenoptera, Formicidae). Bulletin de la Société entomologique de France 111(4) : 535-538.

Les dernières nouvelles et photos sur internet :

http://www.unaf-apiculture.info/presse/DOSSIER_PRESSE_FRELON_ASIATIQUE.pdf

http://www.centres-antipoison.net/CCTV/Rapport_CCTV_Vespa_velutina_2009.pdf

http://insectesbatisseurs.univ-tours.fr/frelon_asiatique.htm

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InfoPomo No 24  –  septembre 2010

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