Une pomme vaudoise

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La Bovarde

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  La variété dont il s’agit est originaire de la région lausannoise. Décrite en 1830, elle a emprunté un nom de famille courant à l’est de la capitale, encore très répandu dans le vignoble de Cully, à savoir Bovard.

 

 

 

      La pomme, de moyennes dimensions, est sphérique, légèrement aplatie vers l’oeil, au contour arrondi, sans côte ni ligne de suture venant troubler le profil. La couleur de base de la peau passe du vert au jaune paille, et les stries nombreuses, parfois confluentes, violettes, tournent au rouge brique à maturité, soit dès novembre. La partie colorée est parsemée de petites lunes jaunes, halo entourant les lenticelles, ce qui confère un habit pomelé caractéristique à la pomme Bovarde. L’épiderme est épais. La chair est blanchâtre, juteuse, légèrement sucrée avec une acidité agréable, un goût musqué très prononcé. La récolte, relativement tardive, se situe en octobre. La maturité est atteinte durant l’encavage, de novembre à mars, rarement plus tard, car le fruit se ratatine et la chair brunit autour du coeur.

 

 

 

      Mais ce qui retient le plus l’attention, c’est le comportement de la Bovarde vis-à-vis des maladies fongiques. Envers l’oïdium (Podosphaera leucotridra), la variété Bovarde offre une résistance totale. Dans notre propriété, j’ai surgreffé une branche d’un pommier Reinette de Chevroux, très sensible à l’oïdium, avec la Bovarde et dans cet environnement et sans traitement, la partie Bovarde est restée indemne jusqu’à ce jour, soit 35 ans après la greffe. L’observation de plusieurs arbres haute tige de Bovarde a confirmé l’absence d’oïdium sur le feuillage, les pousses et les fruits.

 

 

 

      Envers la tavelure (Venturia inaequalis), la maladie la plus importante des pommiers, la situation est plus complexe et d’autant plus intéressante. En effet, l’arbre ne montre pas une résistance totale comme pour l’oïdium, mais limitée, en ce sens que le feuillage peut être tavelé selon les circonstances. Sur de très jeunes arbres en pot, avec infection artificielle, la variété se classe parmi les sensibles en se basant sur le nombre de taches; de même sur un arbre haute tige, si les conditions climatiques sont très favorables, on trouvera des taches sur les feuilles, mais beaucoup plus rarement sur les fruits. Cette différence de sensibilité est probablement due à l’épaisseur de l’épiderme des pommes, particulièrement forte dans cette variété.

 

 

 

      Un manque de concordance entre sensibilité du feuillage et celle des fruits n’est pas rare; elle est toutefois plus observée dans le sens inverse, p. ex. la variété du commerce Summer Red présente souvent des attaques de tavelure sur fruit, alors que le feuillage paraissait indemne. Dans un domaine éloigné, chez la pomme de terre, les différences de sensibilité au mildiou entre le feuillage et celle des tubercules sont criantes.

 

 

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     En résumé, sur des fruitiers haute tige, des taches de tavelure sur le feuillage ne sont pas rares, bien que peu nombreuses. Par contre sur les pommes, les taches sont exceptionnelles. Les conséquences de cet état de fait sont les suivantes:

 

– sur des arbres haute tige, les traitements fongicides peuvent être supprimés sur la variété Bovarde, en condition normale,

 

– cette résistance partielle va probablement durer longtemps, car elle n’oblige pas le champignon à s’adapter; ce dernier ne se retrouve pas dans la situation: tu meurs ou tu t’adaptes, situation fréquente engendrée soit par des fongicides, soit par une résistance totale. La tavelure peut survivre plus ou moins bien sur les feuilles, et comme elle n’attaque peu ou pas les fruits, les dégâts restent supportables pour le producteur.

 

 

 

      La conclusion est simple: le modèle “variété Bovarde et tavelure” devrait être appliqué si possible aux futures nouvelles variétés. Il faudrait donner davantage d’attention au comportement des fruits et non à celui des feuilles envers la tavelure. Peut-être serait-il plus profitable d’imiter cet exemple que de rechercher une résistance totale, condamnée à être surmontée par de nouvelles races du pathogène. Surtout si la résistance est monogénique ou oligogénique, comme c’est le cas chez les variétés récentes dotées du gène VF 821.

 

 

 

      Il est vrai que la solution proposée n’est pas aisée à réaliser; elle demande du temps, de nombreuses observations et surtout oser renoncer à l’absolu. En bref, la co-existence pacifique plutôt que le combat. Si nos ancêtres y sont parvenus, pourquoi, avec nos moyens actuels, n’y parviendrions-nous pas aussi ?

 

 

 

                                                                                                                 Roger CORBAZ

Informations provenant de notre journal INFOPOMO No 21, page 10.

 

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